INTERVIEW SOUNKALO DEMBELE COORDINATEUR MALI D'I*EARN,
DE SCHOOLNET ET DE DRUMS FOR SOLAR


 

SchoolNet Mali vient de lancer le projet « Computers for Schools in Mali »

 

1/ Avant votre projet, quelle était la situation des NTICs au Mali, en particulier à l'école ?

Il n' y avait aucun ordinateur dans les écoles publiques pour les élèves. Généralement il y a un ou deux ordinateurs pour l'administration. Quelques écoles privées étaient équipées en PCs mais elles sont financièrement hors de portée de la majorité des élèves. C'est ce manque d'accès au niveau des écoles publiques qui est à l'origine du projet ainsi que la rencontre avec l'ONG Panafricaine SchoolNet Africa. Un des objectifs de SchoolNet Africa est de faciliter l'accès des écoles aux NTIC. SchoolNet Africa nous a assisté dans la mise en place du volet Mali et dans l'élaboration de projets.

2/ Le gouvernement malien a-t-il élaboré une stratégie NTICs ? Quelle a été l'attitude du gouvernement et des Ministères vis-vis de votre projet ?

Lorsque nous avons commencé à travailler sur notre projet, il n' y avait pas encore de stratégie nationale relative aux NTIC. Cependant, il s'est tenu récemment un séminaire pour l'élaboration d'un plan stratégique.

Nous avons bénéficié et bénéficions encore de l'appui du Ministère de l'Education.

Le Ministère a mis à notre disposition des salles pour l'organisation de la formation Thinkquest Africa. Cet appui compte beaucoup pour notre projet, nous devons engager tous les acteurs dans le domaine de l'éducation. C'est aussi un impératif pour l'USAID qui finance notre projet.

3/ Comment est né votre projet ?

Ce projet est né de la collaboration entre différents partenaires comme le résume notre slogan «  Creating Synergy to Make Difference  ». Comme le dit le proverbe malien «  L'arbre sur la colline pense qu'il est plus grand que les autres  », nous n'aurions pas pu réussir sans la synergie ce concours d'énergies !

Nous avons d'abord bénéficié du soutien de SchoolNet Africa, en la personne de Shafika Isaacs qui en est la Directrice. Elle a aidé au lancement de SchoolNet Mali et nous a mis en contact avec d'autres organisations comme Computer Aid International qui a fourni les ordinateurs. A travers SchoolNet Africa, nous avons bénéficié de l'expérience du Western Cape Schools Network et rencontré Jenny King, la Directrice de Western Cape SchoolNet. Je tiens aussi à mentionner Le Centre de Formation Pratique en Elevage et sa Directrice Madame Cisse. Le CFPE héberge les locaux de SchoolNet Mali, le centre de formation SchoolNet et le centre de maintenance.

Notre projet a été présenté à l'USAID Mali pour financement. Il rentrait dans le cadre du plan stratégique de l'USAID pour le Mali 2003-20012, objectif spéciale communication pour le Développement. Le projet a été soutenu par l'équipe ComDev (Communication pour le Développement) à travers son chef, Denis Bilodeau. Le projet devrait prendre fin en décembre 2004.

4/ Combien d'écoles participent à votre projet ?

Nous avons sélectionné 10 écoles qui devait recevoir 20 PCs chacune. Le nombre a été revu à la hausse ce qui amene le nombre a 11 écoles. Cela pour permettre a la fois au maximum d'en bénéficier et de faciliter l'opérationnalisation des salles qui demande un investissement souvent pas facile avec les écoles publique. A ceci s'ajoutent notre centre de formation SchoolNet Mali (15 machines) et une petite école maternelle Ecoles Naminata Bamba qui a reçu 5 PCs.

Les écoles se situent dans plusieurs régions du Mali à Bamako, Kati, Ségou, et Sikasso. Nous avons volontairement inclus des écoles situées hors de Bamako et dans des régions rurales.

Un premier point a été la connection des écoles à l'électricité : nous n'avons pour cette première phase du projet pu faire participer que des écoles ayant l'électricité. C'est peu représentatif des écoles au Mali où entre 60 a 70% n'ont pas l'électricité.

Nous avons pris en compte plusieurs critères : une salle à disposition pour héberger la classe informatique, l'engagement des écoles à accepter des ordinateurs de seconde main, l'engagement des écoles à assurer la maintenance et la sécurité des ordinateurs.

Un autre point important a été la relation entre l'école et la communauté locale : nous voulions des écoles fortement intégrées dans les communautés. Par exemple, la maternelle Les Petits Saints à une équipe de football et une équipe de basket ball, dont les membres seront invités à utiliser les ordinateurs.

5/ Comment s'est passé le déploiement des ordinateurs ? Quelles sont les activités du projet que vous avez mises en place jusqu'à présent ?

Le container est arrivé fin mai 2004. En juin et juillet , nous avons retesté les machines et installé Mandrakelinux. Fin juillet, nous avons organisé une journée SchoolNet à laquelle les écoles, les partenaires du projet USAID-Mali ainsi que les principaux acteurs des NTIC au Mali ( Association des Utilisateurs de Linux, ISP etc) et des organisations internationales telles le PNUD,GeekCorps Mali ont participé. Il s'agissait de faire une démonstration de l'installation de Linux et d'en faire la promotion, comme de partager les expériences des différents participants dans le domaine de l'utilisation des logiciels libres. A la fin de la journée un des participants Pierre KALUZNY volontaire a GeekCorpsMali dit :

«  installer les ordinateurs n'est pas un problème mais en faire un événement mérite félicitation »

Et Denis de l'USAID-Mali d'ajouter que :

«  SchoolNetMali risque d'avoir le plus grand impacte malgré le peu de moyen dont elle dispose ».

  Durant le mois d'août , les écoles prêtes sont venues chercher leurs PCs. Les 11 écoles ont à ce jour récupéré leurs ordinateurs.

En parallèle à l'installation des classes informatiques, nous avons tenu plusieurs séances de formation. I*EARN Mali en collaboration avec SchoolNetMali a organisé une formation de formateurs aux applications de linux, a la création et au gestion de réseau le tout couronnée par des notions de maintenance informatique. USAID a financé une formation adressée aux gestionaires des salles informatiques dans le domaine de la planification et du marketing. Il est impératif que chaque salle soité gérée de façon rentable et en accord avec le réglement que nous avons élaboré avec les écoles.

Chaque école a sa propre organisation interne mais doit maintenir la classe informatique. La question de l'entretien des PCs se pose si la salle n'est pas gérée de façon viable. Les élèves, les professeurs et les utilisateurs des ordinateurs devront contribuer, même symboliquement. Nous pensons que la gratuité tue. D'après notre expérience, il faut impérativement aborder l'aspect de la rentabilité si l'on veut que le projet soit durable.

Depuis février 2003, I*EARN Mali en partenariat avec SchoolNet Mali forme les enseignants à l'intégration des NTICs à leurs cours et méthodes d'enseignement.

Dans le cadre de ce projet, nous avons mis en place un centre de formation SchoolNet appelé « Lonigna Gwenden » ou Espace de Connaissance, qui se veut un espace d'éducation montrant toutes les potentialités de l'outil informatique. Les visiteurs peuvent tester Linux, mais aussi accéder à Microsoft, Adobe ou à d'autres types de logiciels.

Nous avons aussi mis en place un centre de maintenance qui créera un partenariat avec des écoles informatiques où des techniciens en herbe se forment bénévolement à la réparation et nous permettent de bénéficier de leurs compétences.

Thinkquest Africa est un autre programme que nous essayons de mettre en oeuvre malgré l'absence de connexion Internet. Nous aimerions former les professeurs, les élèves et leurs parents à l'utilisation de l'outil informatique et la conception de sites web (Thinkquest est un programme de SchoolNet Africa où des équipes d'élèves de différents pays élaborent des sites web sous la direction de leurs professeurs).

6/ Quels sont les problèmes et obstacles que vous avez rencontrés et comment avez-vous pu y remédier ?

Nous pensons  qu'il n y a pas de problèmes mais des expériences cependant nous avons rencontrés des difficultés majeurs pour la connexion Internet qui fait défaut et qui nous permettrait de gérer le projet de façon plus efficace, de communiquer avec les écoles et de surmontes les difficultés en temps réel. Reliées à la toile, les écoles pourraient participer aux formations en ligne organisées par SchoolNet Africa. Pour la connexion on négociait des heures de connexion avec des cybers pour nos différentes activités qui nécessitaient une connexion ou utiliser la connexion de l'école avec un débit très faible.

Nous avons eu quelques difficultés techniques avec les ordinateurs mais Computer Aid International nous avait fournir un nombre important de pièces détachées ( disques durs, mémoire RAM etc.), ce qui nous a permis d'avoir 200 machines fonctionnelles. Nous allons de plus opté pour la mise en réseau des machines ce qui permettra plus de performance.

J'ai personnellement rencontré d'autres problèmes liés au fait que SchoolNet Mali et I*EARN Mali sont des organisations jeunes et gérées par des jeunes. Des préjugés à l'égard de la jeunesse, un certain jeunisme je dirais, laissaient les gens sceptiques. Je suis passé à l'émission Cyberntic en 2003 et tout récemment en Octobre 2004 celà a donné beaucoup de crédibilité à notre travail et nous a donné beaucoup de contacts.

Un de nos défis est la viabilité de notre projet : jusqu'à présent le coordinateur, le technicien et notre secrétaire comptable travaillent sur une base quasi bénévole. Nous aimerions pouvoir les rémunérer en fonction de leurs compétences et contributions.

7/ Quels développements souhaiteriez-vous pour votre projet ?

Le projet devrait toucher tout le Mali, c'est-à-dire que nous aimerions connecter au moins un lycée et deux écoles primaires dans chacune des huit régions du pays. Il s'agirait d'inclure aussi des écoles n'ayant pas d'électricité. Nous espérons utiliser l'énergie solaire avec la contribution de Drums for Solar, une ONG américaine partenaire du projet.

En plus de l'équipement PC, chaque école serait connectée à Internet. Ceci implique de négotier avec les fournisseurs d'accès Internet au niveau du Mali.

8/ Est-ce que vous avez un message pour les lecteurs de cet article, en Afrique et ailleurs ?

C'est d'abord de remercier les lecteurs qui ont pris leurs temps oh ! combien précieux a lire cet article en cette époque ou le monde va la quatrième vitesse.

En conclusion, je lance un appel à tous ceux qui peuvent nous assister en nous faisant bénéficier des formations à court et long terme pour la bonne gestion du projet. En nous assistant par la formation ils nous permettrons d‘acquérir la richesse la plus pérenne : La connaissance.  

 

Interview réaliser par Caroline Fuseau

ComputerAid International